Les sciences de l’informatique au
secondaire, est-ce bien nécessaire?
Judith Cantin
Le gouvernement québécois choisit de favoriser les nouvelles technologies
comme voie économique d’avenir pour le Québec. Mais est-ce que le Québec
pourra fournir à nos jeunes entreprises en nouvelles technologies la
main-d’œuvre nécessaire pour réaliser ce grand défi lorsque l’on
observe des taux d’échecs percutants dans les programmes de sciences
informatiques des collèges et des universités? « Non », répondent Michel
Arcouet1 et Didier Tremblay2.
La Cité du Multimédia et les centres de développement des technologies de
l’information sont des programmes où les investisseurs bénéficient
d’avantages fiscaux et d’incitatifs très alléchants. Le Québec investit
des sommes importantes pour faire du Québec un chef de file dans le secteur
des nouvelles technologies. Bref, le gouvernement québécois démontre
clairement que les nouvelles technologies sont un choix de société. Mais
est-ce que ces investissements bénéficient à une main-d’œuvre qualifiée?
Des difficultés importantes
À l’enseignement universitaire, il existe un déséquilibre percutant entre
les besoins des entreprises et le nombre de bacheliers disponibles. Selon
Montréal TechnoVision3, pour la période 1996-2001, la demande des
entreprises ayant répondu à leur enquête croît au rythme de 20 % par année,
tandis que l’offre des universités croît de 3 % par année. Ces données
nous permettent de douter des capacités du Québec à répondre aux besoins
de main d’œuvre spécialisée des entreprises en nouvelles technologies.
Même si l’obtention d’un diplôme collégial ou universitaire en
techniques ou en sciences de l’informatique devait être garante d’un bon
emploi dans le domaine, encore faut-il que les étudiants obtiennent ce
passeport vers une carrière informatique. Or, selon une enquête de Paule des
Rivières publiée dans Le Devoir4, seulement 40 % des étudiants de cégep en
techniques de l’informatique obtiennent leur diplôme après cinq ans d’études!
La compétence TIC est-elle une solution?
Ces résultats peu reluisants ne surprennent en aucun cas Michel Arcouet et
Didier Tremblay qui travaillent à l’écriture d’un mémoire sur le sujet.
Selon eux, le nouveau programme n’est pas du tout rassurant. Bien sûr, une
compétence transversale d’ordre méthodologique touche l’exploitation des
nouvelles technologies. Selon ces deux conseillers pédagogiques, le fait pour
un étudiant de maîtriser des logiciels outils tels que le traitement de
texte, les fureteurs Internet et les logiciels de traitement des images,
n’en font pas automatiquement des personnes capables de travailler avec
toute la méthodologie qu’exige la science de la programmation qui se cache
derrière les logiciels. « Dans les programmes de techniques et de
sciences de l’informatique, les élèves décrochent parce qu’ils ne
savent pas à quoi s’en tenir. Ils pensent qu’ils vont jouer. Ils n’ont
pas de vision de ce qu’est l’informatique », souligne M. Arcouet.
L’école secondaire ne leur fournit pas de sensibilisation à cette matière.
« La cohérence entre la vision économique et la formation des élèves
doit être faite », ajoute M. Tremblay. Bref, il existe un fossé
important entre l’illusion de facilité qui est offerte aux utilisateurs de
logiciel et la rigueur qui est exigée de ceux qui les produisent. Comme si le
fait de maîtriser toutes les fonctions d’un téléphone portable permettait
à l’utilisateur de pouvoir apprendre facilement comment en fabriquer!
Le rôle de l’école
Selon MM. Arcouet et Tremblay, l’informatique est une science fondamentale
au même titre que la physique, la biologie et les mathématiques. Ces matières
servent à proposer aux élèves des outils pour mieux comprendre le monde,
mais aussi pour leur permettre de mieux orienter leur choix de carrière. Ils
suggèrent donc d’offrir aux élèves du secondaire la possibilité d’être
initiés aux sciences de l’informatique par le biais d’un cours optionnel
d’Introduction à la science de l’informatique.
Le programme ISI
Un programme d’Introduction à la science de l’informatique (ISI) a été
élaboré pour le secondaire en 1980. Michel Arcouet faisait partie de l’équipe
de conception. Didier Tremblay a été embauché pour en faire la révision
dans les années 90. Cependant, il n’a jamais été diffusé dans les écoles
et encore moins appliqué. Conséquemment, le contenu du cours actuellement
dispensé aux élèves varie grandement. On y enseigne surtout l’utilisation
du traitement de texte, du traitement de l’image et des autres
logiciels-outils.
Quel type de programme?
Selon M. Tremblay, l’apprentissage des sciences informatiques s’inscrit
dans la visée des compétences transversales du nouveau programme des
programmes, compétences qui doivent être exploitées jusqu’en cinquième
secondaire. L’apprentissage de cette science oblige l’élève à développer
rapidement des stratégies de résolution de problèmes, une approche
grandement favorisée par les nouveaux programmes. Dans le processus de
programmation, l’élève vérifie régulièrement ses hypothèses en
demandant à l’ordinateur d’exécuter les procédures qu’il vient de définir.
L’ordinateur renvoie immédiatement un résultat à l’élève. L’élève
peut alors émettre d’autres hypothèses. Rares sont les sciences qui
permettent une rétroaction si rapide.
La réussite est-elle à nos portes?
Assisterons-nous à une véritable introduction aux sciences de
l’informatique au secondaire?
1 Conseiller pédagogique et animateur du RÉseau pour le développement des
Compétences des élèves par l’Intégration des Technologiques (RÉCIT) de
la Commission scolaire du Val-des-Cerfs.
2 Conseiller pédagogique, animateur du RÉCIT de la Commission scolaire des
Hautes-Rivières.
3 Qui a pour mission d’accélérer le développement de Montréal comme pôle
technologique. http://www.mtltv.org/fr_doc1.htm
4 Des Rivières, Paule (2000). « Des cégeps pour quoi faire?». Le Devoir, 6
novembre, A6.